PATHOLOGIE INTESTINALE DES TROPHEUS
 
 
Topheus ilangi
Par Jean-Yves Iltis

Introduction

La plupart de cichlidophiles passionnés de Tropheus ont pu, un jour ou l'autre, observer des problèmes intestinaux et des gonflements chez leurs poissons. Cette pathologie touche essentiellement les espèces strictement herbivores du lac Tanganyika (Tropheus, Petrochromis et Simochromis).   
Il existe deux causes principales:
Une alimentation inadaptée à base de vers de vase ou de viande. Le poisson cesse de s'alimenter, le gonflement est rapide et important, la mort est en général inéluctable.
Dans le second cas, le gonflement serait provoqué par un protozoaire flagellé de la famille des Hexamitidés. (Note de Lil : voir Hexamita)

Symptômes
Ce parasite provoque chez le poisson des troubles intestinaux.
Puis il y a apparition de selles allongées et translucides.
Enfin, un gonflement, peu important, souvent localisé sur les flancs, apparaît. Il est surtout visible en observant le poisson de dessus. Il faut bien faire la différence avec la maladie commune en aquarium qu'on appelle hydropisie. Cette dernière est, en général, sporadique, le gonflement est important, associé à un hérissement prononcé des écailles, on n'observe ni perte d'appétit préalable, ni selles filamenteuses.
  Pouvoir pathogène
Peu d'études ont été réalisées à ce jour sur ces parasites et leurs effets pathogènes. Pour ma part je pense qu'ils sont présents chez tous les individus sauvages mais que les mécanismes de défense de ces derniers dans leur milieu naturel limitent leur activité pathogène. Ces individus sauvages seraient donc des porteurs sains. Par contre, en aquarium, ces défenses sont affaiblies par des conditions de maintenance plus ou moins défavorables. Je peux citer mon expérience personnelle: l'introduction du parasite dans un bac au pH trop bas, autour de 7, a entraîné la mort d'une vingtaine de Tropheus. L'épidémie n'a été enrayée qu'après l'adjonction de sels malgré l'utilisation de nombreux produits thérapeutiques. Depuis, je n'ai plus aucun problème. Chez un ami, ce sont le brassage et l'oxygénation qui semble avoir été la cause de la perte de deux T. duboisi, depuis que ces deux facteurs ont été améliorés, la maladie ne s'est plus manifestée. Lorsque l'épidémie se déclare, il faudrait évaluer soigneusement les différents paramètres de maintenance afin de déterminer celui, ou ceux, dont les caractéristiques sont les plus éloignées de celles du milieu naturel (pH, oxygénation, température) ainsi que les paramètre, propres à l'aquariophilie (filtration mécanique et biologique, concentration en nitrates), cette liste n'étant pas exhaustive.
Traitement
En plus des mesures préconisées précédemment, deux produits anti-protozoaires semblent donner des résultats. Le premier est le Métrodinazole (FLAGYL ND). Il est utilisé en médecine humaine et on le trouve sous forme de comprimés à 250 mg et 500 mg. La présentation en sirop est à éviter. On peut aussi se procurer de la poudre pure dans certaines pharmacies. C'est moins cher mais il faut demander à ce qu'elle soit pesée et conditionnée, en sachets de 1 gramme par exemple ce qui correspond à la dose curative pour 100 litres. Il est recommandé de traiter la nuit car ce produit est dégradé par la lumière. Le traitement doit être renouvelé tous les deux jours, au moins quatre fois. Le second est un produit vétérinaire utilisé pour les porcs et les volailles: le Dimétridazole. Il existe de nombreuses présentations (EMTRYL ND, ALAZOL ND, SOLUTRAZOL ND... Certaines, comme le DMZ 40, sont très avantageuses car elles permettent de traiter quelque milliers de litres pour quelques dizaines de francs. Selon la présentation, il faut doser la quantité de produit à mettre de manière à obtenir 0, 7 grammes de Dimétridazole pour 100 litres. Aucun effet toxique n'a été observé avec ces produits. Une autre technique, utilisée par J. P. Hacard, consiste à augmenter progressivement la température à 30,5°C tout en traitant au Métrodinazole. Les résultats semblent meilleurs mais certaines espèces ne supportent pas cette température (Lamprologus, Julidochromis, Xenotilapia par exemple). Il est important d'augmenter, parallèlement, l'oxygénation du bac (diffuseur) et de bien surveiller les poissons durant cette période d'augmentation de température Cette méthode associée au Dimétridazole n'a pas été essayée, à ma connaissance. Je crois néanmoins que, sans une amélioration de la maintenance, ces produits ne font que retarder l'issue.
Prophylaxie
Une quarantaine semble indispensable, d'autant que ces poissons sont souvent onéreux. Comme cette pathologie ne touche pas les autres espèces (Lamprologini, Cyprichromini, Ectodini), on peut s'en passer si l'aquarium ne contient pas d'espaces ,susceptibles d'être touchées par la maladie. L'avantage en bac de quarantaine est de pouvoir des quantités d'eau plus réduites. L'inconvénient est qu'il est difficile de maintenir plusieurs Tropheus, surtout adultes, dans un bac aux dimensions réduites. Lorsqu'on possède des Tropheus dans l'aquarium, il est indispensable d'effectuer cette quarantaine. En effet, le que certains individus (d'élevage ou présents depuis longtemps en aquarium) ne soient plus porteurs de ce parasite. L’introduction de ce dernier, associée à une maintenance incorrecte, déclenche la maladie, aussi bien chez les anciens que chez les nouveaux poissons. Par exemple, j'ai acheté chez un commerçant de la région parisienne des Tropheus sauvages qu’il me certifia déparasités. J'élevais sans problème depuis plus de six mois une vingtaine d'individus venant de la reproduction d'un ami. J'ai introduit les nouveaux arrivants sans me méfier ....!! un mois, malgré les multiples traitements, seuls cinq individus survécurent. Je crois que les jeunes que je possédais, bien que maintenus dans des conditions de pH inadéquat, ne développaient pas la maladie car l'agent était absent. Les nouveaux arrivants étant porteurs, le parasite a été introduit dans le bac et la pathologie s'est déclarée. Pendant la quarantaine, un traitement préventif doit être effectué avec du métronidazole à la dose de 0,75 g pour 100 litres ou avec du Dimétridazole à 0,5g pour 100 litres.

Conduite à tenir
Le traitement ne semble efficace que si la maladie est prise précocement. Au stade de l’apparition des selles filamenteuses il est, généralement, trop tard. Il faut donc s'inquiéter dès l’apparition des premiers symptômes, à savoir le manque d'appétit. Les Tropheus, Petrochromis, Simochromis sont des poissons voraces qui se jettent sur la nourriture lors des distributions. En conséquence, lorsqu'ils "chipotent" ou recrachent la nourriture, il est préférable d’agir, de faire un bon changement d'eau, traiter avec un des deux produits et augmenter la dure à 30,5°C si possible et, enfin, modifier la ou les conditions de maintenance inadaptées. Lors de la reprise de l'appétit, il est peut-être préférable, pendant quelques jours, de distribuer des paillettes plus digestes et riches en cellulose, plutôt que de la nourriture humide classique ( crevettes poissons, épinards ... ).
Voilà donc les enseignements tirés de l'expérience de quelques trophéophiles, J'espère qu’ils seront utiles à quelques uns. NDLR- Pour ma part je ne donne jamais ni de crevettes ni de moules à mes Tropheus mais un mélange composé de 1/3 de poisson maigre (lieu) et de 2/3 d'épinard + vitamines etc. Cela supprime totalement le risque de décès dû à une mauvaise alimentation.
Appendice
Dernièrement, j'ai eu à nouveau des déboires avec cette pathologie chez un groupe de Tropheus (12 T. moorii "Chipimbi et 7 jeunes T. sp. "queue noire" de Kiriza ) maintenus sans problème depuis plus d'un an dans un bac de 600 L. J'ai d'abord constaté la disparition de deux "Kaiser". Sur le coup, j'ai pensé à un problème d'agressivité intra-spécifique chez des individus en phase de maturation sexuelle. Mais, en observant attentivement le " troupeau ", j'ai constaté que certains ne s'alimentaient pas et présentaient même des selles filamenteuses. Ma réaction fut immédiate: 6 grammes de Flagyl pour la nuit et des couvertures sur les parois de façon à faire le noir complet. Le lendemain, j'achetai en pharmacie des doses de 6 et 0,5 grammes de Métrodinazole pur (moins cher et plus soluble) Deux autres traitements du bac furent effectués à 48 heures puis à 72 heures d'intervalle. Les deux repas quotidiens de mélange classique (crevettes, épinards, etc..) ont été modifiés:
  • -Le matin- Mélange classique mixé avec 0,5 g de Métronidazole pour 3 crevettes nordiques et un peu d'épinards. Ce dosage est complètement "pifomètrique" mais apparemment pas du tout toxique.
  • -Le soir: Paillettes.
Et cela pendant une semaine.

Résultats
Il n'y eut plus aucune mortalité à déplorer, les femelles en incubation ont mené à terme des petits normaux et de nouvelles pontes ont même eu lieu à la fin du traitement. Remarque
La forme de la maladie observée cette fois semble moins pathogène que précédemment, peut-être parce que les conditions étaient moins mauvaises: sans doute trop de nitrates à cause de changements d'eau plus espacés (c'était l'hiver) Références
Jean - Yves ILTIS - AFC 1868.35
Revue " CICHLIDAE du 10/1993 et 11/1991
Bulletin du Club aquariophilie des Collines
Président Monsieur Egide Lanove.
Périodique mensuel N°5 de MAI 1998

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